Safran et TDAH : que disent vraiment les études ?

Le safran, épice millénaire aux multiples bienfaits antioxydants et neuroprotecteurs, émerge comme une alternative naturelle prometteuse pour la gestion du TDAH.

Le safran est surtout connu comme une épice, mais plusieurs équipes de recherche se sont intéressées à ses effets sur le cerveau, l’humeur et plus récemment le TDAH. Les premiers essais réalisés chez des enfants et adolescents sont particulièrement intéressants : certains ont observé une amélioration de l’inattention et de l’hyperactivité, avec des résultats parfois comparables à ceux obtenus avec le méthylphénidate sur quelques semaines. Ces recherches restent encore peu nombreuses, mais elles font aujourd’hui du safran l’une des plantes les plus étudiées dans le TDAH.

Pourquoi le safran intéresse-t-il les chercheurs dans le TDAH ?

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement qui se manifeste principalement par des difficultés d’attention, une impulsivité et, chez certaines personnes, une hyperactivité importante. Ces manifestations peuvent être très différentes d’un enfant à l’autre : certains sont surtout inattentifs et rêveurs tandis que d’autres présentent davantage d’agitation et de difficultés à contrôler leurs impulsions.

Le safran, ou Crocus sativus, contient plusieurs molécules bioactives, notamment les crocines, la crocétine et le safranal. Ces composés sont étudiés depuis plusieurs années pour leurs effets potentiels sur l’humeur, le stress, le sommeil et certaines fonctions cognitives.

Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer l’intérêt du safran dans le TDAH. Les recherches expérimentales suggèrent notamment une action sur différents systèmes de neurotransmission impliquant la dopamine, la noradrénaline, le GABA et le glutamate. Il ne s’agit pas d’un mécanisme définitivement établi chez l’humain, mais ces pistes biologiques ont contribué à justifier la réalisation d’essais cliniques.

Cet intérêt n’est d’ailleurs pas complètement isolé : le safran est également étudié dans les domaines de l’humeur, de l’anxiété et du sommeil. Nous revenons plus largement sur ces propriétés dans notre article consacré aux effets du safran sur l’humeur et le stress.

Safran et TDAH : des premiers résultats particulièrement intéressants

Contrairement à de nombreuses plantes parfois présentées comme utiles pour la concentration sur la seule base de leur usage traditionnel, le safran a réellement fait l’objet d’études cliniques chez des personnes atteintes de TDAH.

La recherche reste modeste en taille, mais plusieurs essais conduits depuis 2019 ont évalué soit le safran seul, soit son association avec le méthylphénidate. Les résultats obtenus ont été suffisamment intéressants pour conduire à la publication d’une revue systématique spécifiquement consacrée au safran dans le TDAH.

L’étude de 2019 comparant safran et méthylphénidate

L’étude qui a probablement le plus attiré l’attention a été publiée en 2019. Les chercheurs ont recruté 54 enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans présentant un TDAH diagnostiqué et les ont répartis de manière aléatoire entre deux groupes pendant six semaines.

Un groupe recevait du méthylphénidate et l’autre un extrait de safran standardisé. L’évolution des symptômes était évaluée à partir d’échelles remplies à la fois par les parents et par les enseignants, ce qui permettait d’observer le comportement dans différents environnements.

À la fin des six semaines, les chercheurs n’ont pas observé de différence significative entre les deux groupes dans l’évolution des scores d’inattention et d’hyperactivité. La fréquence des effets indésirables rapportés était également comparable.

Ces résultats sont remarquables pour une plante, même s’il faut les replacer dans leur contexte : il s’agissait d’un essai pilote relativement court et portant sur une cinquantaine de participants. Il montre donc un potentiel réel à explorer plutôt qu’une équivalence définitivement démontrée entre safran et méthylphénidate.

 

Safran et TDAH chez l'enfant : effets étudiés sur l'attention et l'hyperactivité

Une autre étude retrouve des effets intéressants sur l’hyperactivité et le sommeil

Une étude publiée en 2022 en Espagne s’est également intéressée au safran chez des enfants et adolescents atteints de TDAH. Les chercheurs ont comparé un groupe recevant un extrait de safran à un groupe traité par méthylphénidate.

Les deux approches ont amélioré différents paramètres, mais pas exactement de la même manière. Le méthylphénidate semblait davantage agir sur les symptômes d’inattention tandis que le safran obtenait des résultats particulièrement intéressants sur l’hyperactivité.

Les chercheurs ont également observé une amélioration de certains paramètres du sommeil dans le groupe safran, notamment le nombre d’heures dormies et la facilité d’endormissement. Ce point est intéressant car les difficultés de sommeil sont fréquentes chez les enfants présentant un TDAH et peuvent elles-mêmes accentuer l’irritabilité, l’impulsivité et les difficultés de concentration pendant la journée.

Le safran peut-il améliorer l’attention ?

Les études disponibles suggèrent une amélioration possible de plusieurs dimensions du TDAH, mais les résultats sur l’attention ne sont pas identiques dans tous les essais. Dans l’étude randomisée de 2019, les scores globaux évalués par les parents et enseignants évoluaient de façon comparable dans les groupes safran et méthylphénidate.

Dans l’étude espagnole plus récente, le méthylphénidate semblait en revanche obtenir de meilleurs résultats sur l’inattention proprement dite alors que le safran se distinguait davantage sur l’hyperactivité. Cette différence montre bien pourquoi il est encore trop tôt pour résumer les recherches par une phrase du type « le safran améliore la concentration ».

Le signal reste néanmoins suffisamment cohérent pour justifier les recherches actuelles. Il est particulièrement intéressant de constater que les améliorations ne sont pas uniquement rapportées sur une sensation subjective de bien-être mais sur des échelles utilisées pour suivre les symptômes du TDAH.

Le safran peut-il réduire l’hyperactivité et l’impulsivité ?

C’est peut-être l’un des aspects les plus prometteurs des travaux disponibles. Plusieurs études ont observé une amélioration des symptômes d’hyperactivité avec le safran, et l’essai réalisé en Espagne suggérait même un avantage sur ce paramètre par rapport au méthylphénidate dans le groupe étudié.

Une diminution de l’agitation peut avoir des conséquences beaucoup plus larges que le simple fait de « rester assis ». Chez certains enfants, l’hyperactivité et l’impulsivité compliquent la réalisation des devoirs, les repas, les interactions sociales ou le moment du coucher. Une amélioration de ces manifestations peut donc modifier concrètement la vie quotidienne de l’enfant et de sa famille.

Cela ne signifie évidemment pas que tous les enfants atteints de TDAH sont hyperactifs. Certains présentent essentiellement une inattention importante, ce qui explique également pourquoi une même approche ne donnera pas nécessairement les mêmes résultats selon le profil.

Safran, TDAH et sommeil : un lien intéressant

Le sommeil constitue un aspect particulièrement intéressant du sujet. Les enfants et adolescents avec un TDAH peuvent rencontrer des difficultés à s’endormir, un rythme de sommeil irrégulier ou une qualité de sommeil insuffisante. Or une mauvaise nuit peut elle-même rendre l’attention et la régulation émotionnelle plus difficiles le lendemain.

L’étude espagnole de 2022 a observé une amélioration de certains paramètres du sommeil chez les participants recevant du safran. Les auteurs ont notamment rapporté une augmentation du temps de sommeil et un endormissement facilité.

Cette observation est cohérente avec d’autres recherches consacrées au safran en dehors du TDAH, qui s’intéressent également à son influence potentielle sur le sommeil. Elle pourrait être particulièrement intéressante chez les personnes dont les difficultés attentionnelles sont accompagnées d’un sommeil perturbé.

Que conclut la revue scientifique consacrée au safran et au TDAH ?

Une revue systématique publiée dans le Journal of Attention Disorders a regroupé les essais cliniques disponibles sur le sujet. Quatre études totalisant 118 participants répondaient aux critères des chercheurs. Trois étaient des essais randomisés et une autre était une étude interventionnelle non randomisée.

Les essais évaluaient soit le safran utilisé seul, soit le safran associé au méthylphénidate. Dans l’ensemble, les auteurs considèrent que les résultats montrent un potentiel du safran pour améliorer les symptômes du TDAH, sans signal majeur de sécurité observé dans ces études.

Ils soulignent néanmoins plusieurs limites importantes : seulement quatre études, de petits groupes de participants, des protocoles différents et trois recherches réalisées dans le même pays. Ces données ne permettent donc pas encore d’établir des recommandations aussi solides que celles concernant les traitements étudiés depuis plusieurs décennies.

La revue peut être consultée sur PubMed. L’essai randomisé de 2019 comparant directement le safran au méthylphénidate est également disponible sur PubMed.

Safran ou méthylphénidate : peut-on réellement les comparer ?

La comparaison est intéressante parce qu’elle a réellement été effectuée dans plusieurs études. Elle doit cependant être interprétée correctement. Dire qu’un petit essai de six semaines n’a pas retrouvé de différence significative entre deux groupes ne signifie pas que les deux traitements sont désormais considérés comme équivalents dans toutes les situations.

Le méthylphénidate dispose d’un historique clinique, d’essais et de données de suivi infiniment plus importants. En France, il fait partie des traitements médicamenteux recommandés lorsque la situation de l’enfant justifie une intervention pharmacologique.

Le safran se trouve aujourd’hui à un stade beaucoup plus précoce : les résultats sont suffisamment encourageants pour poursuivre sérieusement les recherches, mais le niveau de preuve reste nettement moins important. C’est cette distinction qui permet de parler honnêtement de son potentiel sans minimiser les résultats obtenus.

Le safran pourrait-il être utilisé en complément d’un traitement ?

Certaines recherches ne se sont justement pas limitées à opposer safran et méthylphénidate. Des essais ont étudié l’association des deux afin de déterminer si le safran pouvait apporter un bénéfice supplémentaire chez des personnes déjà traitées.

La revue systématique consacrée au sujet rapporte des résultats intéressants avec cette combinaison. Cela ouvre une piste différente de celle d’un simple remplacement : le safran pourrait éventuellement être étudié comme approche complémentaire, selon le profil de la personne et les résultats de futures recherches.

Dans la pratique, ajouter un complément à un traitement prescrit chez un enfant ne doit cependant pas se faire à partir d’un dosage trouvé sur Internet. Les extraits utilisés dans les essais sont standardisés et leur composition n’est pas nécessairement comparable à celle d’un pot de safran ou d’un complément choisi au hasard.

Tous les extraits de safran se valent-ils ?

Non, et c’est un point essentiel lorsque l’on lit une étude sur une plante. Le mot « safran » ne désigne pas une composition unique. La concentration en crocines, safranal et autres composés varie selon l’origine de la plante, sa transformation et la méthode d’extraction.

Les essais cliniques utilisent des extraits définis et standardisés afin que chaque participant reçoive un produit de composition relativement constante. Acheter simplement du safran alimentaire ou choisir n’importe quel complément portant le nom Crocus sativus ne reproduit donc pas automatiquement les conditions d’une étude.

C’est également pour cette raison que les résultats observés avec une matière première précise ne doivent pas être automatiquement attribués à tous les compléments au safran disponibles dans le commerce.

Le safran est-il bien toléré dans les études sur le TDAH ?

Dans les petits essais cliniques disponibles, le safran a présenté un profil de tolérance plutôt favorable. Dans l’étude randomisée de 2019, la fréquence des effets indésirables n’était pas significativement différente de celle observée dans le groupe méthylphénidate.

La revue systématique portant sur les quatre études disponibles n’a pas non plus identifié de signal majeur de sécurité dans les conditions étudiées. C’est un résultat encourageant, mais les effectifs et les durées d’étude restent insuffisants pour connaître aussi précisément son profil à long terme que celui de traitements beaucoup plus largement utilisés.

Un point mérite surtout d’être retenu pour les parents : les études sur le TDAH ont utilisé des extraits standardisés dans un cadre clinique. Pour un enfant déjà suivi ou traité pour un TDAH, le choix d’un complément et son association éventuelle avec un médicament gagnent donc à être discutés avec le professionnel qui connaît son dossier.

Le safran, une piste naturelle réellement prometteuse pour le TDAH

Le safran n’est pas simplement une plante à laquelle Internet aurait attribué arbitrairement des vertus sur la concentration. Des essais cliniques ont réellement montré des améliorations de symptômes du TDAH, notamment sur l’hyperactivité, l’attention et certains paramètres du sommeil.

L’étude randomisée comparant directement safran et méthylphénidate, ainsi que les autres essais publiés depuis, justifient pleinement l’intérêt scientifique porté à cette plante. La revue systématique disponible va dans le même sens et considère le signal suffisamment prometteur pour réclamer des études multicentriques de plus grande ampleur.

La situation scientifique est donc assez claire : le safran est une piste sérieuse et intéressante, mais encore jeune. Les prochaines études devront notamment déterminer quels profils de TDAH répondent le mieux, quels effets persistent à long terme et dans quelle mesure l’association avec les prises en charge habituelles apporte réellement un bénéfice.

Questions fréquentes sur le safran et le TDAH

Le safran est-il efficace contre le TDAH ?

Les premiers essais cliniques sont encourageants. Des améliorations de l’inattention, de l’hyperactivité ou des scores globaux de TDAH ont été observées dans plusieurs études. Une revue systématique regroupant quatre études et 118 participants conclut à un potentiel intéressant, tout en précisant que davantage de recherches sont nécessaires.

Le safran améliore-t-il la concentration ?

Certaines études menées chez des personnes atteintes de TDAH ont observé une amélioration des symptômes d’inattention. Les résultats ne sont toutefois pas identiques dans tous les essais : une étude comparative a notamment trouvé le méthylphénidate plus performant sur l’inattention tandis que le safran semblait davantage agir sur l’hyperactivité.

Le safran peut-il aider un enfant hyperactif ?

C’est précisément l’une des dimensions sur lesquelles les résultats sont les plus intéressants. Des essais menés chez des enfants et adolescents atteints de TDAH ont observé une diminution des symptômes d’hyperactivité avec des extraits standardisés de safran.

Safran ou méthylphénidate : lequel fonctionne le mieux ?

Un essai randomisé de six semaines n’a pas retrouvé de différence significative entre les deux groupes sur les scores évalués par les parents et les enseignants. Une autre étude suggère des profils différents, avec davantage d’effet du méthylphénidate sur l’inattention et du safran sur l’hyperactivité. Les données disponibles sur le méthylphénidate restent cependant beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus anciennes.

Le safran peut-il améliorer le sommeil d’un enfant avec un TDAH ?

Une étude menée chez des enfants et adolescents présentant un TDAH a observé une amélioration de certains paramètres du sommeil avec le safran, notamment la durée du sommeil et la facilité d’endormissement. Cette piste est intéressante car les difficultés de sommeil sont fréquentes dans le TDAH.

Peut-on associer safran et méthylphénidate ?

Cette association a déjà été étudiée dans plusieurs essais et certains résultats suggèrent un bénéfice supplémentaire. Cela ne signifie pas qu’il faille ajouter soi-même du safran à un traitement : les études utilisent des extraits standardisés et toute association chez un enfant déjà traité doit être adaptée à sa situation.

Quel safran choisir pour le TDAH ?

Les recherches ne portent pas sur le safran culinaire pris au hasard mais sur des extraits précisément définis et standardisés. Pour comparer un complément aux produits étudiés, il faut donc regarder l’extrait utilisé, sa standardisation et les données cliniques correspondant réellement à cette matière première.

Le safran est-il un traitement officiel du TDAH ?

Non. Les résultats scientifiques sont prometteurs mais le safran ne figure pas parmi les traitements médicamenteux recommandés du TDAH en France. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé reposent sur une prise en charge globale associant interventions adaptées au profil de l’enfant et, lorsqu’un médicament est indiqué, notamment le méthylphénidate.